Évangile selon saint Luc (12, 49-53)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris
HUMANITÉ DISCERNÉE
Ce passage est presque brutal. Il entre dans nos chairs, nos liens. Il vient pourtant nous dire quelque chose d’essentiel.
Jésus est en route pour Jérusalem. Un peu plus tôt, l’évangéliste Luc avait rapporté sa décision ainsi: « Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem » (Lc 9, 51). Tout son être est tendu vers l’accomplissement de sa mission. Et notre passage montre que le désir de Jésus de cette heure décisive gagne en intensité.
Pour parler de cette heure, il parle d’un feu. Un autre était venu illuminer précédemment l’histoire des hommes et des femmes: le buisson ardent. Dieu s’était manifesté à Moïse, lui avait fait signe, sous l’aspect de ce feu et de ce buisson qui ne se consumait pas. C’est là qu’il s’était fait connaître et qu’il avait donné son nom: JE SUIS.
Voici donc Jésus en attente d’apporter un nouveau feu sur la terre. Pour quelle nouveauté? Jésus parle de division… c’est troublant… Jésus diviseur ? Ce serait incompréhensible… le monde à l’envers ! Que veut-il dire ? Il faut d’abord l’écouter nous parler de lui.
Il nous partage son être profond, sa tension extrême devant ce baptême qu’il s’apprête à recevoir. Il parle de sa mort. Il y aurait donc deux baptêmes? Un pour le pardon des péchés, celui de Jean-Baptiste, et encore un autre, celui de la mort qui nous plonge dans… l’amour ? Parce que Jésus ne s’est pas soustrait au premier. Il est entré dans la conversion de vie prêchée par Jean-Baptiste même s’il n’en n’avait pas besoin, pour être le premier de cordée, le premier-né d’une humanité nouvelle, tournée vers Dieu son Père. Jésus est venu tourner les cœurs et les regards vers le Royaume. Mystérieuse liberté qui fait que l’on puisse se détourner de cette vision heureuse. Le Verbe est venu pour apporter et allumer un feu que rien ne pourra éteindre, le feu d’un amour éternel signé de sa propre vie et de sa mort sur une croix.
Moïse s’était approché du buisson ardent, intrigué. Les foules s’étaient aussi rassemblées autour de Jésus, le prédicateur, le thaumaturge, le faiseur de miracles. Combien se sont réellement tournés vers Dieu au lieu d’en rester à eux-mêmes?
Combien ont continué de croire en lui au nom de la Passion? Voici l’homme: torturé, défiguré par la haine et la jalousie de quelques-uns. Qui pour continuer de le défendre? Qui pour le reconnaître et l’assumer? C’est l’heure de la vérité pour Jésus, ses disciples, les autorités, la foule, nous aujourd’hui. C’est l’heure du jugement pour Jésus par ce monde qu’il est venu aimer jusqu’à l’extrême. C’est en fait surtout l’heure du discernement profond d’une humanité sommée jusque dans le for intérieur de chacun de se positionner. La division est un effet de ce discernement de chacun par les événements. Les liens de sang, l’agrégation clanique, ne tiennent plus devant ce lien plus puissant auquel l’amour vient convoquer l’humanité. C’est un brassage complet. Ce qui sera lié sur la terre le sera dans les cieux… Jésus va éprouver la solidité des attaches et en révéler de nouvelles. La croix de Jésus va nous mettre en demeure de choisir. Elle va définitivement nous personnaliser, nous donner consistance et horizon. Notre baptême à nous a lieu là, au pied de la croix: dans le refus de ce qui conduit à la mort de l’amour. Et ça c’est un combat. C’est une lutte avant d’être une paix. C’est une guerre intérieure et une résistance extérieure à toutes les forces qui voudraient mettre à mort l’humain et l’amour. Jésus est venu nous engager avec lui dans ce combat. Il est venu chercher ses martyrs, ses témoins fidèles: nous aujourd’hui. Il a payé le prix du sang et tant d’autres à suite. Pour nous, ce ne sera peut-être que celui de l’isolement ou de l’incompréhension de la part des autres, ou la raillerie? Jésus l’a aussi vécu. Nous le savons, cela ne l’a pas empêché, au moment de mourir sur la croix au bout de la passion et de l’angoisse, de nous embrasser de son pardon qui nous a tous réconciliés dans l’unité de son cœur.
Le disciple suit les pas de son maître. Christian de Chergé confiait lors d’une ultime retraite donnée à des laïcs à Alger, quelques semaines avant son enlèvement et son assassinat avec ses frères, moines de Tibhirine: « La paix est d’abord un don de Dieu. Elle nous est donnée. Ne disons pas qu’elle n’existe pas, elle est là. Il faut simplement la faire émerger : Patience (persévérance, c’est pareil), Pauvreté (pas misère…), dans le sens «humilité», Présence (c’est au centre), Prière, et Pardon… ».
Jésus nous remettra toujours dans le camp de SA paix…
Marie-Dominique Minassian
Equipe Évangile&Peinture
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