Évangile selon saint Luc (16, 19-3)
En ce temps-là, Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères (…) Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui. Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. – Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. (… .” Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !” Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! – Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.” Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris
ÉTERNELLE BRÛLURE
Cette histoire du pauvre Lazare pourrait introduire un malaise. Voilà que la mort vient figer en négatif le sort de tout un chacun comme un gant que l’on retourne. Malheur et bonheur sont finalement le lot de tous. Mais à la différence que la mort fixe pour l’éternité le sort d’une vie passagère. Les malheurs le temps d’une vie se muent en consolation éternelle, tandis que l’opulence aveugle du malheur des autres se mue en tourment éternel. Voilà une réalité et une perspective glaçantes.
Reflet en négatif d’une existence dénuée d’humanité, l’enfer ressemble donc à ce monde clos, étanche où rien ne circule. Voilà un miroir terrifiant destiné à servir d’électrochoc à ses auditeurs. Même l’image de Dieu s’en trouve remuée. Il est d’ailleurs absent de cet horizon. Abraham en est la figure référente. La Loi et les prophètes en sont les juges. Le riche en appelle à la miséricorde qu’il n’a pas exercée en dépit même de la Loi. Il n’est cependant pas torturé par le remords. Ce Lazare qu’il avait occulté toute sa vie, il le voit désormais, pas pour s’affliger de sa conduite passée mais pour s’en servir et se sauver, lui et les siens. Figé dans son quant à lui, il aura éternellement la consolation de Lazare sous les yeux.
Nous voilà donc ramenés à l’aujourd’hui qui pave notre éternité. Il y aura un prénom pour tous les sans-noms, les ignorés, les petits. Notre Dieu s’est fait l’un de nous pour l’affirmer. Pas un seul cheveu n’échappera au soin qu’il porte à chacune et chacun. Le renversement et la justice éternelle incarnée par Lazare rassure sur le front de la justice humaine. Mais quelque chose manque à la justice de Dieu dont la miséricorde nous bouscule si souvent.
C’est peut-être heureux de sentir au fond de soi le refus d’un monde et d’un châtiment si dur fut-il et objectivement mérité. C’est peut-être bon de sentir en soi monter comme un désir que les choses soient autrement. Le Royaume n’est pas loin. Il se cache là, dans ce refus et ce désir furtif que tous puissent accéder à la paix, à la joie et au bonheur, y compris ceux qui n’y ont pas contribué de leur vivant. L’œil pour œil ne met pas un terme au mal. En revanche, la miséricorde l’enraille, l’étouffe. Nous ne pouvons nous satisfaire de ce monde-là ni le reproduire à l’échelle éternelle. L’heure est au réveil. C’est l’heure de l’amour plus grand.
Marie-Dominique Minassian
Equipe Évangile&Peinture
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